Rapport de Marie-Christine RYBARCZYK (Observatrice internationale) sur sa visite aux trois mineurs Mapuche enfermés dans la prison pour enfants de Chol Chol – IX région du Chili.

Publié le par Collectif Mapuche

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Le mercredi 12 janvier,  j’ai, en tant qu’observatrice internationale de la CECT  Comité Ethique Contre la Torture Europe, rencontré  les trois mineurs Mapuche enfermés dans la prison pour enfants de Chol Chol – IX région du Chili.


J’étais accompagnée par Jaime et Luis. Nous avons pu entrer et garer la camionnette dans la première enceinte de la prison et marcher vers le premier point d’accueil. Pas de bruits, pas de cris, une atmosphère tranquille et attentionnée. La directrice de la prison nous a reçus dans son bureau, puis, après vérification des documents et explication sur la raison de notre venue, elle nous a accompagnés à travers des couloirs et des escaliers qui ressemblaient à ceux d’un lycée abandonné, vers la salle où se trouvaient les prisonniers mapuche. Luis, Cristian et José.


Jaime nous a présentés et je leur ai dit que je souhaitais les écouter s’ils acceptaient de me raconter leur histoire.

 

Cristian CAYUPAN MORALES –Communauté - Mateo Nirripil – sector Muco Chureo, Lautaro


« Cela fait un an et presque deux mois que je suis en prison. En 2008, j’avais 17 ans et à 8h du soir les hommes du PDI –Police ….ont pénétré dans la maison et m’ont aussitôt emmené en me disant que je devais savoir pourquoi. Ils m’ont laissé seul dans une salle et deux policiers sont venus. Ils m’ont ordonné de me déshabiller et ont commencé à me poser des questions. Je suis resté silencieux. Une fois rhabillé, ils m’ont donné des coups de pieds, m’ont attrapé violemment par les cheveux. Ils m’ont menacé. Cela a duré au moins une heure. Ils savaient beaucoup de choses sur ma famille, ils savaient que mon père était en phase terminale d’un cancer. Ils m’ont dit : on va te mettre du courant, tu vas pleurer et nous allons rire. C’était un simulacre pour me faire peur. Ensuite, une infirmière est venue et en regardant les marques que j’avais sur la tête, elle a déclaré : ce n’est rien.


Une nuit a passé. Puis quatre jours d’isolement. A Lautaro, il y a eu la première audience. J’étais en prison préventive, accusé d’attaques terroristes, d’un incendie volontaire d’une propriété forestale (Fundo)


Mardi dernier, mon père est mort et j’ai pu aller à son enterrement. Une demande de liberté avait été déposée, j’ai pu sortir de la prison et aller chez moi. Deux heures plus tard, des hommes du PDI sont venus me chercher en me disant que cette liberté était une erreur administrative et ils m’ont ramené en prison.


Ni la mort de mon père, ni le fait que je n’ai pas fui pendant ma « liberté » n’ont été considérés pour atténuer l’accusation. Maman est seule à la maison avec un autre enfant de 14 ans.

Je suis emprisonné car je suis Mapuche et ils veulent intimider le reste de la communauté »

 

José Antonio NIRRIPIL PERES  communauté Matéo Nirripil - sector Muco Chureo, Lautaro

« Mon cousin fut persécuté comme chef d’une association de terroristes.

Le 2 juillet 2010, j’étais à Santiago voir un oncle malade. Avant 7heures du matin, je fus tiré brutalement de mon lit et emmené. Je ne me souviens pas bien. On m’a dit que je serais transporté en car avec d’autres prisonniers. J’ai reçu des coups et des menaces. Je suis resté menotté, les mains et les pieds, une journée entière. Le dimanche je fus emmené à Lautaro, le lundi, présenté à une audience et accusé d’être terroriste, d’être un danger pour la société car je ne me comportais pas comme un jeune normal.

 

J’ai toujours pu constater une discrimination envers la communauté  Mapuche.

Ma sœur, elle avait alors neuf ans, a été menacée dans notre maison. Les PDI lui ont mis un pistolet sur la tête pour qu’elle leur dise où j’étais et où se trouvait mon cousin. Aujourd’hui, elle commence à sortir d’une dépression grâce à une Machi qui la suit et l’aide.


Je venais de terminer ma 4ème (terminale) lorsque j’ai été arrêté. J’ai passé mon bac en prison et je l’ai raté de quelques points. C’est difficile d’étudier ici.

J’ai participé à la grève avec les autres prisonniers,  comme un dernier recours »

 

Luis Umberto MARILEO CARIQUEO – communauté du José Guinon, Ercilla

« Je suis accusé d’association de terrorisme à Victoria (c’est, je crois, à 80kms de chez moi)

Je viens d’une famille très engagée qui a une pensée très claire vis-à-vis de la récupération de notre terre et de nos droits. Mon oncle a fait dix années de prison pour ça. Nous vivons chaque jour dans la persécution.


Sans terre, nous ne pouvons pas exister. Car sans terre, il n’y a pas d’eau, pas de fruits, pas d’herbes médicinales avec lesquelles nous nous soignons.

Je suis fier de ce que m’a transmis ma famille. Je veux apprendre plus.

J’ai été accusé d’avoir des fusils de guerre en ma possession et d’avoir brûlé un camion de forestier, en complicité avec un homme qui est devenu un témoin protégé. Il a été exempté des accusations portées contre lui et il reçoit un salaire mensuel pour être témoin à charge contre moi.


 Au lycée technique où je faisais mes études, ils sont venus dans la salle de cours pour m’arrêter. J’ai été conduit dans le bureau de l’administration du lycée et ils m’ont emmené en disant que je devais faire une déclaration.


Dans le car de police, les tortures ont commencé. J’ai reçu des coups. Au début j’ai eu peur et puis je suis devenu lucide et je les ai laissé faire. Ils m’ont menacé, moi et ma famille en me donnant des coups sur les côtés de la tête et sur les oreilles. Cela a duré plus d’une heure.


Arrivé au tribunal, un avocat de l’Etat m’a dit que j’étais accusé de terrorisme. J’ai été enfermé, en préventive, pendant cinq mois car ils attendaient des témoignages. Un jour, on m’a demandé si j’avais des réclamations à faire sur mon traitement mais derrière la vitre, il y avait les hommes qui m’avaient torturé.


J’ai toujours nié.

J’ai fait la grève de la faim plusieurs jours en septembre.

Je sais qu’ils essayent par tous les moyens de désarticuler notre lutte »


 Ces trois jeunes gens, mineurs au moment de leur arrestation, m’ont parlé sans aucune crainte, les yeux dans les yeux. Ce fut pour moi une conversation avec des êtres libres, même s’ils étaient enfermés entre quatre murs. Ils m’évoquaient de jeunes arbres solides.


Séparés de leurs communautés et coupés du cycle de leur vie, mais purs et bien plus forts que ceux qui les accusent.

Ils ne sont pas des délinquants mais des personnes conscientes de leur état de prisonniers politiques, cela fait toute la différence.


L’organisation de répression systématique des communautés Mapuche a été soigneusement orchestrée.  Pour les fiscales (procureurs) formation au USA dans le cadre des causes antiterroristes de l’Auracania.

Le miroir est évident en matière de programme d’extermination d’une population. Les Mapuche –Hommes de la Terre- vivent avec les éléments vivants, terre, eau, végétation, en les protégeant avec soin depuis des milliers d’années.


Ils représentent un danger, non seulement parce qu’ils défendent leur culture et leur pensée mais aussi parce qu’ils sont un obstacle aux grandes entreprises, aux propriétaires d’entreprises forestières qui ont réquisitionné les terrains en condamnant à mort l’homme et la nature à leur unique profit financier.

Publié dans Témoignages

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